Une visite de Dieu à Chile
1. Naissance, enfance et jeunesse
C’était un jour d’été au Chili. Le 22 janvier 1901, naît à Viña del Mar Alberto Hurtado Cruchaga. Près d’un siècle après, il sera officiellement déclaré saint.
Au cours de sa petite enfance, Alberto souffre une douloureuse perte : à 4 ans, son père meurt et rapidement sa famille doit déménager à Santiago et se réfugier chez des parents. Ainsi, dès son enfance, Alberto commence à expérimenter la précarité et la pauvreté. Sa mère, Ana Cruchaga, malgré les difficultés, trouvait le moyen de servir les plus pauvres dans un patronage paroissial. Cet exemple se grava dans le coeur de son fils.
En 1909, Alberto entre au Collège Saint Ignace, dirigé par les pères jésuites. Dès son adolescence, son directeur spirituel est le P. Fernando Vives qui l’aidera à vivre ses expériences sociales comme expérience de Dieu. Ainsi s’éveille sa vocation à la prêtrise. A 16 ans, il demande d’entre à la Compagnie de Jésus, mais les jésuites lui conseillent d’attendre, à cause de la difficile situation économique de sa mère.
Pour cette raison, Alberto entre à l’Université Catholique pour y étudier le Droit. Pendant ce temps, il continue à chercher activement de nouvelles formes de servir Dieu et son prochain par des travaux apostoliques et par ses études mêmes. En 1923, il reçoit son titre d’avocat.
2. Religieux jésuite.
Providentiellement, la situation économique de la famille Hurtado Cruchaga s’améliore. Cela permet à Alberto d’accomplir son rêve d’entrer à la Compagnie de Jésus le 14 août 1923 à Chillán. Sa longue formation religieuse l’éloignera de sa mère et de son pays durant 11 ans. Il étudie en Argentine, à Barcelone, pour terminer à Louvain (Belgique), où il suit, outre des études de théologie, des cours de pédagogie.
Le 24 août 1933, à un peu plus de 32 ans, il est ordonné prêtre en Belgique. Ce même jour, il écrit un télégramme à sa mère, en lui transmettant sa bénédiction sacerdotale. Le 25, le père Alberto Hurtado célèbre sa première messe.
En 1935 il obtient le titre de docteur en Sciences Pédagogiques. Ses compagnons et supérieurs de l’époque rendent témoignage de l’affection et de l’admiration qu’ils ressentent pour ce jésuite chilien qui se distingue par la piété, la dédication aux études et la charité. « Un homme vraiment remarquable », diront-ils de lui.
3. Educateur et apôtre des jeunes et promoteur des vocations sacerdotales.
A son retour au Chili, en février 1936, le jeune prêtre commence un intense apostolat. Comme docteur en Education, il consacre la plus grande partie de ses forces à la formation et à la direction spirituelle de ses élèves. Il est professeur au Collège Saint Ignace, au Grand Séminaire, à l’Université Catholique, donne un cours du soir. Il est aussi chargé de beaucoup de conférences et de retraites.
Avec les jeunes, le P. Hurtado entretient une grande complicité. Il comprend leurs désirs et leurs inquiétudes. Sa prodigieuse mémoire fait qu’il en désigne beaucoup par leur nom. Il se montre joyeux et cordial. Il les écoute avec une totale attention, sans impatience, et les conseille. Il accompagne de nombreux jeunes dans leur discernement vocationnel. Il a l’habitude de terminer son entretien avec chacun par un affectueux « Adieu, mon petit patron ».
En 1941 il est nommé assesseur de l’Action Catholique, responsabilité dans laquelle il réalise un travail très fécond. Il parcourt entièrement le Chili, invitant les jeunes à connaître le Christ et à partager son idéal de vie. Il les rassemble, leur donne les Exercices Spirituels, des récollections. Plus d’une centaine de jeunes, à la vue de ce jésuite plein de Dieu, sensible pour les pauvres, viril, optent comme lui pour la prêtrise.
Après ces trois ans de dédication totale à l’Action Catholique, le P. Hurtado se voit obligé à renoncer, avec beaucoup de souffrance de sa part comme du côté des jeunes qui le suivaient, à sa charge d’assesseur, en raison d’un désaccord avec l’assesseur national, évêque auxiliaire de Santiago, Mgr Augusto Salinas. Ce prélat considérait comme trop avancée la formation sociale que proposait celui qui avait été son ami de jeunesse. En ces moments, Alberto Hurtado démontra un amour filial et une adhésion exemplaire à l’Eglise.
4. Sa spiritualité
Pour Alberto Hurtado, le Christ est simplement tout : sa raison de vivre, sa force pour espérer, l’ami pour qui et avec qui entreprendre les tâches les plus ardues pour la gloire de Dieu. Il voit le Christ dans les hommes et les femmes, spécialement chez les pauvres : « Le pauvre, c’est le Christ ». Comme prêtre, il se perçoit personnellement comme signe du Christ, appelé à reproduire dans sa vie personnelle les sentiments du Maître et à répandre autour de lui des paroles et des gestes qui animent, guérissent et donnent la vie.
Quand le P. Hurtado se demande : « Que ferait le Christ à ma place ? » il révèle le secret de son chemin de sainteté, de son « être contemplatif dans l’action ». C’est la règle d’or qui conduit sa vie. Il ne s’agit pas d’imiter mécaniquement ce qu’a fait Jésus... mais d’être capable de discerner ce que Lui ferait aujourd’hui.
Et quand il s’exclame : « Content, Seigneur, content », c’est sa foi au Christ ressuscité qu’il exprime. Quand il prononce cette phrase, il le fait au lendemain de nuits de très bref repos, dans un état de fatigues accumulées, incluant la croix de l’incompréhension d’amis et, parfois, de certains supérieurs. Souffrances, solitude et accusations sans fondement, envies, mesquineries... Mais rien n’efface sur ses lèvres le sourire du prêtre crucifié et ressuscité avec le Christ.
5. Travail social. Le Foyer du Christ et la ASICH
Le P. Hurtado a toujours eu un coeur très sensible à la souffrance des pauvres et des marginaux. Il se sent très fortement poussé à lutter pour annoncer le message du Christ et pour changer leur situation. Il appelle constamment à ouvrir les yeux pour regarder avec honnêteté la réalité sociale du pays. Son livre : Le Chili est-il un pays catholique ? (1941) est un fruit de cette perspective, comme d’autres qu’il écrira plus tard. Son regard sur les pauvres n’est pas un regard statistique mais celui de l’évangile, celui du frère : « Je suis convaincu que chaque pauvre, chaque vagabond, chaque mendiant est le Christ en personne chargeant sa croix. Et c’est parce qu’il s’identifie au Christ que nous devons l’aimer et le soutenir. Nous devons le traiter comme un frère, comme un être humain, comme un autre nous-mêmes.»
La passion et la souffrance avec lesquelles le P. Hurtado se réfère, au cours d’une retraite donnée à des femmes le 16 octobre 1944, à la réalité de si nombreux pauvres de notre patrie donne lieu trois jours après à l’une de ses oeuvres les plus connues : le Foyer du Christ, lieu d’accueil et d’éducation des marginaux.
Son intention est de rendre à ces personnes leur dignité de Chiliens et de fils de Dieu. C’est pour cette raison qu’il se préoccupe du fait que chacun des mendiants qui entre au Foyer reçoive une attention affectueuse, comme s’il s’agissait du Christ lui-même. La nuit, le P. Hurtado sort dans sa camionnette verte à chercher enfants et jeunes vagabonds cachés par l’obscurité de la ville ou sous les ponts de la rivière Mapocho. Il les appelle et les invite à l’accompagner au Foyer du Christ.
En 1948, convaincu que « la charité commence là où finit la justice » et que ce sont les travailleurs qui doivent lutter eux-mêmes pour leur dignité, il fonde la A.SI.CH (Action Syndicale chilienne). Son but est d’établir un ordre social chrétien. Il encourage les travailleurs, spécialement les chrétiens, à connaître la doctrine sociale de l’Eglise, à s’incorporer aux syndicats, à se former par des ateliers. Il ne néglige pas non plus la formation des femmes, qu’il organise dans des petits cercles d’action, leur transmettant sa propre spiritualité. Nombreuses furent les dames qui le suivaient de près et l’aidèrent dans ses oeuvres, continuant à les promouvoir après la mort de leur fondateur.
6. Travail culturel : la revue Mensaje.
Le Padre Hurtado regarde en profondeur la réalité chilienne à laquelle il veut transmettre la "bonne nouvelle". Son intention est d'étendre aux classes moyennes, au monde des intellectuels et des jeunes, une vision qui influe profondément sur les valeurs de la société. Il s'agit d'évangéliser la culture: Pour répondre à ce défi, il envisagea de fonder une publication qui pousse à élaborer une pensée chrétienne. Cette idée approuvée en 1951, quand la maladie était déjà à l'oeuvre, minant son corps, le P. Hurtado fonda la revue Mensaje, dont la premièr édition circula le 1º octobre de cette même année avec un tirage de 2000 exemplaires. Il épuise ses forces à la recherche de collaborateurs et d'articles, en écrit lui-même, fait une campagne d'abonnements.
7. Maladie et mort.
La santé du P. Hurtado se détériore rapidement. Le 19 mai 1952, sur le lieu du Noviciat Loyola qu’il avait aidé à construire et qui se situe dans la localité qui maintenant porte son nom : Padre Hurtado, il célèbre sa dernière messe. Il ne se lèvera plus. Deux jours plus tard, il souffre d’un grave et douloureux infarctus pulmonaire. Après son transfert à la Clinique de l’Université Catholique, on lui diagnostique un cancer du pancréas. Il reçoit la nouvelle comme un don de Dieu. Sa chambre d’hôpital devient un lieu de pèlerinage où accourent des personnes de tous les milieux sociaux. Le P. Hurtado reçoit beaucoup de gens, donne des instructions pour le Foyer du Christ, conseille, bénit. Jusqu’au dernier moment, il rend témoignage de la délicatesse de Dieu à son égard.
Il meurt saintement, en totale paix et tranquillité, le 18 août 1952.
Son ami de toute la vie, l’évêque de Talca Manuel Larraín, préside des funérailles massives le 20 août en l’église Saint Ignace. Pendant la célébration, beaucoup de témoins assistent à un fait extraordinaire : quand le cercueil sort de l’église, se forme dans le ciel une croix de nuages si nette que de très nombreuses personnes s’agenouillent. Les restes mortels du P. Hurtado sont ensevelis au siège de la Paroisse Jésus Ouvrier. Ils se trouvent aujourd’hui dans le Sanctuaire édifié près de cette paroisse.